il n'y a ni diable ni dieu, pas de magie, ni d'âmes peut-être; même l'esprit est une chimère; il n'y a pas non plus de justice, pas de grandeur, pas même de strict bon sens; tout juste quelques braves types ennuyeux, une poignée de fous merveilleux, de folles délicieuses, et surtout, sur tout, du temps perdu, des merveilles jetées sans espoir à la face risible du non-sens, pour le bonheur de rien...
jeudi 15 août 2013
vendredi 9 août 2013
Ma réponse au Dalaï-Lama (en guise de divertissement estival)
À une époque pas si lointaine, il était courant de recevoir par courriel des messages d’origines diverses qui avaient cette vertu prétendue qu’il suffisait de les faire parvenir dans un délai donné à un certain nombre d’amis pour, soit connaître le bonheur, soit éviter une malédiction ou une autre. Une connaissance – qui manifestement ne me connaissait pas tant que ça – eut donc l’idée saugrenue de me faire parvenir ce qui suit, accompagné des directives et mises en garde d’usage. Un message du Dalaï-Lama lui-même, était-il précisé. Téméraire en diable, je me contentai de lui retourner (et à l’ensemble des destinataires) une réponse toute personnelle destinée au légendaire bodhisattva, manière d’exégèse improvisée... Je précise que nul malheur ne m’accabla, quoi qu’on en dise, suite à ce sacrilège. Au contraire, c’est plutôt ce sporadique correspondant qui disparut comme par enchantement - oui, bon, l’incendie de mon appartement et la perte de mon emploi quelques jours plus tard n’ont strictement rien à y voir, pas plus que l’apparition soudaine de cette insoutenable brûlure accompagnant chaque visite à l’urinoir (là, je peux vous jurer que j’en connaissais très bien l’origine et croyez-moi, si elle avait présenté la moindre ressemblance avec le brave chef spirituel, si sympathique qu’il me fût, jamais j’aurais chopé un truc pareil!)… Voici donc, en primeur, cette modeste tentative herméneutique, à ce jour réservée à un public choisi par un étourdi dont c’est d’ailleurs le seul souvenir qu’il me reste – gloire lui en soit rendue!
INSTRUCTIONS POUR MENER VOTRE VIE
1. Tenez compte du fait que le grand amour et les grandes réussites impliquent de grands risques.
Mais n'oubliez tout de même pas que de grands risques n'impliquent ni amour ni réussite.
2. Lorsque vous perdez, ne perdez pas la leçon.
S'il se trouvait que vous la perdiez malgré tout, ne la cherchez pas en vain, c'est moi qui l'ai.
3. Suivez les trois R : Respect de soi-même; Respect des autres et Responsabilité de tous vos actes.
Et aussi le quatrième : Retournez vos bouteilles vides.
4. Souvenez-vous que ne pas obtenir ce que vous voulez est parfois un merveilleux coup de chance.
Ça c'est vrai, je peux en témoigner, même si c'est parfois douloureux : quand j'ai voulu rentrer dans la police, elle s'est tassée et... vous connaissez la suite.
5. Apprenez les règles pour savoir comment les transgresser correctement.
Par exemple : apprenez à interpréter le concerto pour clarinette de Mozart à la perfection et ne jouez systématiquement que « Marie avait un mouton » à la flûte à bec en omettant soigneusement le troisième « un mouton » à tous les coups.
6. Ne laissez pas une petite dispute meurtrir une grande amitié.
Mais ne vous privez pas non plus du bonheur d'une grandiose dispute pour une amitié à la noix.
7. Lorsque vous réalisez que vous avez commis une erreur, prenez immédiatement des mesures pour la corriger.
Spécialement si vous êtes tailleur ou arpenteur.
8. Passez un peu de temps seul chaque jour.
Autrement vous risquez des poursuites en justice pour « grossière indécence ».
9. Ouvrez vos bras au changement, mais ne laissez pas s'envoler vos valeurs.
Bref, ne tenez pas vos valeurs dans vos bras (surtout les titres, et par grand vent).
10. Rappelez-vous que le silence est parfois la meilleure des réponses.
No comment.
11. Vivez votre vie d'une façon bonne et honorable. Ainsi, lorsque vous vieillirez et que vous regarderez en arrière, vous en profiterez une deuxième fois.
Sinon, soyez une ordure faussement progressiste : ne regardez qu’en avant tout en profitant du fruit de votre malhonnêteté passée.
12. Un foyer aimant est la fondation de votre vie.
Un foyer d'accueil en est la destination.
13. Dans les désaccords que vous avez avec ceux que vous aimez, ne vous occupez que de la situation actuelle. Ne réveillez pas le passé.
Les historiens devront bien sûr éviter scrupuleusement de s'aimer entre eux.
14. Partagez votre savoir. C'est une manière d'atteindre l'immortalité.
Pour autant que ce savoir ne soit pas d'un mortel ennui.
15. Soyez tendre avec la Terre.
Ouais ben, on voit que c'est pas vous qui risquez de finir sous forte médication pour avoir fait des saloperies dans le jardin de la voisine.
16. Une fois par an, allez quelque part où vous n'êtes jamais allé auparavant.
Mais pas tous en même temps là quand même!
17. Souvenez-vous que la meilleure des relations est celle dans laquelle l'amour que chacun porte à l'autre dépasse le besoin que vous avez de l'autre.
Heu… attendez là, je suis un peu embrouillé. J’aurais besoin d’une autre à laquelle chacun devrait porter un amour qui dépasse mon besoin, c’est ça? Déjà, j’aimerais bien que chacun ait l’amabilité de foutre la paix à cette autre dont j’ai besoin. On va clairement l’exténuer si on s’y met tous. Chacun son tour, quoi, merde!
18. Jugez vos succès d'après ce que vous avez dû sacrifier pour les obtenir.
Si j'ai sacrifié mes succès, je fais quoi?
19. Approchez l'amour et la cuisine avec un abandon insouciant.
Si vous voyiez le bordel dans ma cuisine, pour l'amour, vous y penseriez à deux fois...
Et mon bienveillant correspondant d’ajouter, pour conclure : Je sais aussi que les rêves se réalisent vraiment...
Ben oui, je le sais aussi : y suffit de rêver aux bons trucs. Tenez, je rêvais justement d’une panoplie complète de conseils bidon; et vous?
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(Avant que quelque ardent défenseur de l’harmonie universelle ne me jette l’anathème, je précise que je ne raille nullement le Dalaï-Lama lui-même, pas plus que son enseignement, mais simplement cette idée que la sagesse puisse se propager sous la forme d’une liste d’épicerie, douteusement traduite de surcroît…)
vendredi 2 août 2013
La première caractéristique des Grands Maîtres est que leur enseignement excède leur pensée
Je me souviens à ce propos d’un grand maître d’aïkido, laudateur méditerranéen de l’abyssale sagesse orientale. Il nous avait communiqué, lors d’un mémorable hiatus, tout le mépris qu’il vouait aux sourires en coin, ricanements et autres manifestations d’ironie, cette caricature d’humour pétrie d’ego, apanage des esprits encore inaptes à l’Éveil. Dans son dojo, seul le rire franc et ouvert était toléré! Déclaration que j’accueillis, candide adolescent que j’étais alors, sans réussir à réprimer un sourire aussi léger qu’inconvenant. C’est que, chacun ayant ses limites, le grand maître n’eut pas conscience que nul n’était besoin d’être passé maître soi-même en matière d’art dramatique pour réaliser ce que son propre rire « franc et ouvert » lui avait coûté d’efforts et de répétitions…
vendredi 26 juillet 2013
Je reviens à un monde plus grand
œil-réveil
qu’un rire secoue
sourire-cristal
sur oreiller
apprendre à vivre avec toutes choses
n’avoir pas le moindre souvenir
souffrances ou plaisirs
être vraiment joyeux
je passe à l’improvisation
fou rire
chair de poule
dans le lointain
peu de changements
la distance baignée de lumière
ivre d’elle-même
qu’un rire secoue
sourire-cristal
sur oreiller
apprendre à vivre avec toutes choses
n’avoir pas le moindre souvenir
souffrances ou plaisirs
être vraiment joyeux
je passe à l’improvisation
fou rire
chair de poule
dans le lointain
peu de changements
la distance baignée de lumière
ivre d’elle-même
samedi 20 juillet 2013
Postérité
L’Art, nous le savons, est une vaste loterie : c’est à celui qui déniche le truc qui alimente les fantasmes soutenant « l’élite » pendant le plus longtemps possible.
(Un point de vue qui, apparemment, place Sade en bonne posture…)
dimanche 14 juillet 2013
Tracé au Diamant
au seul commandement de l’esprit
par les seules lois de sa nature
dans la cour
un enfant joue
lecteur du futur
le bien et le beau indifférenciés
un enfant joue
la dissolution
le vertige
hors la loi
le corps au repos
l’esprit
un temple
pas plus la pensée absolue
qu’un entendement fini
ou infini
c’est une expérience ininterrompue
sacrée
à travers le profane
l’odeur pénétrante de la terre
la réalité lui échappe?
mais non
rien à défendre
encore moins à prouver
il avance à travers les éclairs et la foudre
tracé au diamant
par-delà le spectre de l’Autre
en sursis
sans le savoir
sans la fausseté
qui le rejoindra bien assez vite
sans les idées adéquates
mutilées
confuses
nécessaires
pour échapper à la punition
au rejet
à la honte
patiente et tenace
un petit trou dans le néant
le bien assimilé à l’être
les puissances mauvaises
en suspens
absorbées
au profit d’une calme plénitude
le moment abstrait du dépassement
exige sa propre disparition
par les seules lois de sa nature
dans la cour
un enfant joue
lecteur du futur
le bien et le beau indifférenciés
un enfant joue
la dissolution
le vertige
hors la loi
le corps au repos
l’esprit
un temple
pas plus la pensée absolue
qu’un entendement fini
ou infini
c’est une expérience ininterrompue
sacrée
à travers le profane
l’odeur pénétrante de la terre
la réalité lui échappe?
mais non
rien à défendre
encore moins à prouver
il avance à travers les éclairs et la foudre
tracé au diamant
par-delà le spectre de l’Autre
en sursis
sans le savoir
sans la fausseté
qui le rejoindra bien assez vite
sans les idées adéquates
mutilées
confuses
nécessaires
pour échapper à la punition
au rejet
à la honte
patiente et tenace
un petit trou dans le néant
le bien assimilé à l’être
les puissances mauvaises
en suspens
absorbées
au profit d’une calme plénitude
le moment abstrait du dépassement
exige sa propre disparition
lundi 8 juillet 2013
Égotisme de dernier recours
« Moé, c’est survivre; j’ai pas de comptes à rendre à parsonne! »
Quelqu’un m’a dit ça. Avec beaucoup de conviction.
Encore un utopiste qui s’ignore...
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