vendredi 14 mars 2014

Le siècle de la dictature atomisée?

Je suis tombé, un peu par hasard, sur un extrait vidéo de Maurice G. Dantec, où il présente son livre Satellite Sisters, présentation qu’il amorce en disant notamment ceci :

« …le fait de frôler à trois fois la mort en trois semaines, puis, on va dire, d’y échapper, m’a permis de prendre conscience que le monde était en train de se transformer à une vitesse assez dramatique, par laquelle ce que le XXe siècle avait connu comme psychologie de masse du fascisme, comme disait Wilhelm Reich, est en train de se transformer en une psychologie atomisée du narcissisme. Et que cette domination de la manipulation psychologique interindividuelle est en train de devenir l’idéologie dominante. Mais il n’y a plus d’idéologie. Donc, bizarrement, […] la pathologie se substitue directement au politique. Au XXe siècle, il y avait encore la possibilité, si vous voulez, à un psychopathe autrichien dont la moustache carrée évoquait Charlie Chaplin, d’embrasser un collectif, et de le faire basculer dans la folie. Là, c’est l’inverse qui se passe. C’est que les folies collectives ne pouvant plus exister, puisque nous vivons la mort du politique, elles se condensent chez les individus, qui deviennent des micro-dictateurs. Et qui agissent comme tel. »

Au-delà de toute controverse entourant cet auteur pour le moins déroutant, ça m’a comme qui dirait quelque peu secoué les neurones, alors je partage…

samedi 8 mars 2014

Bon allez, c’est pas tout ça, de gamberger à tout berzingue, un peu de poésie que Dioû!

Amis éclairés
l’esprit est le Bouddha.
L’erreur n’a pas de substance
pas plus que le triple monde;
il y a derrière l’esprit
une petite chaumière,
tigres et loups feutrent
de leurs pas la marche
immobile de la montagne;
se libérer de toute pensée
miroir qui rit du vide
réfléchi de la parfaite
pureté indifférenciée;
cinq étapes dans un cri
au gré des détresses paraboles;
qu’il atteigne l’illumination
ce monde si pressé
d’être pressant!

Pas le moindre soupçon
de destins uniques et complets
de spectres aux yeux prophétiques.
Mais bon quelque peine
que nous ayons à l’admettre
les objets demeureront
dans l’absence d’esprit
l’immense variété
de nos infirmités
dissoutes au contact
de l’intuition
s’illuminant elle-même.




samedi 1 mars 2014

TERMINUS

Chaque fois qu’il sortait dans la rue le soir, Grégoire Lupus était à la fois surpris et content de n’y rencontrer personne. Cela provoquait en lui un sentiment contradictoire et complexe. Le monde lui appartenait, mais il était vide. Les portes closes l’accusaient en silence de rôder, de refuser sa contribution à l’élaboration d’un monde meilleur où chacun aurait enfin droit au Bonheur. Peu à peu cependant, la contradiction était noyée par le flot de son petit discours personnel où il n’y avait pas davantage de place pour un bonheur à venir que pour une soumission aveugle en attendant.

Grégoire rêvassait. Il scrutait et il furetait. (…le frémissement des arbres entrecoupé parfois du ronronnement de pneus se frottant à l’asphalte…) Il parcourait en long et en large son triste royaume de rues désertes, y croisant parfois un autre fantôme souvent apeuré. Il s’arrêta dans un parc pour fumer, histoire de transformer les contours du néant. Puis, quand il fut rassasié de la douceur de l’air, que le sourire intérieur aiguisa sa curiosité d’observer quelques « vivants », il se dirigea vers le Terminus.

Le Terminus… haut-lieu de la puanteur… baraque croulante et crasseuse… immonde magma olfactif… suprême illustration de l’accueil alors réservé aux minables voyageant en autobus…

On y trouvait, outre les voyageurs en transit (aisément reconnaissables à leur façon de s’agiter sans arrêt), les réguliers, composés essentiellement d’homosexuels plus ou moins refoulés, d’ivrognes ramollis et de miséreux édentés discutant de la pluie-pis-du-beau-temps au comptoir d’un simili-resto en mâchouillant un hamburger dégoulinant de gras, sirotant un café-lavasse, fumant un mégot jauni ou se rongeant tout simplement les ongles. Grégoire installa sa détonnante jeunesse au beau milieu de ce joyeux ramassis d’épaves et se fit servir (histoire de prouver la sincérité de son désir d’intégration) un cheese-moutarde-bien-cuit qu’il avala aussitôt à grosses bouchées en se laissant envahir par le vacarme de la cuisine, des conversations, le grondement étouffé des autobus, l’appel des voyageurs… Il était là tout absorbé, l’œil vitreux, lorsque le cheese (qui était fort moutarde et bien peu cuit) montra les signes d’une inquiétante tendance à la remontée. S’ajoutait à ce fâcheux sentiment, la prise de conscience soudaine d’un insistant fumet, odieuse conjugaison de relents d’urine, de sueur, de friture et d’haleines fétides. Il sortit au plus sacrant.

Une fois dehors, il se dirigea vers le port avec l’espoir que le vent, en chassant les odeurs, mettrait un terme aux propensions ascensionnelles de l’ignoble hambourgeois. Il marcha au bord du fleuve, escorté par une file de hangars aussi ennuyants les uns que les autres, tous pareils, épais et inutiles. Quand il se sentit assez loin, assez seul, il s’adossa à un bollard, jambes pendantes au-dessus du fleuve sombre, d’un brun opaque peu invitant. Il restait là à fixer la lune dans le blanc de l’œil. (…même le fleuve dégueulasse avait du charme s’il le regardait là où la lune s’y couchait en mouvantes micassures…)

Pénétré de la force paisible du fleuve, Grégoire reprendrait d’un pas traînant son errance, désormais satisfait de n’y trouver que le vide.

samedi 22 février 2014

Être là (pour de vrai)

























D’abord arrêter d’agir comme si on n’agissait pas vraiment. Vous savez cette façon de faire les choses avec distance, comme si une part de nous devait se conformer à certaines exigences (des gestes à poser, des paroles à prononcer, des engagements à tenir…) tandis qu’une autre, n’y souscrivant pas, se contente de rester en retrait, d’observer d’un œil critique, attendant son heure.

L’ennuyeux, c’est que vient un temps (serait-ce la dernière heure) où cette part-là réalise que son heure n’est jamais venue. Ou plutôt si, elle est venue et passée.

Passée en retrait, à observer et à attendre…

samedi 8 février 2014

Journée d’été

Comme un grand cercueil balancé en pleine rue
Une journée d’été, douce, claire et chaude
Un chat en fer forgé qui se fait tuer
Par un enfant perdu dans la jungle de ses pensées

Le Christ à la bouche
Une caissière se penche
Le frôlant de sa hanche
À peine si elle le touche
Elle lui murmure, le geste en harmonie
Qu’elle sait bien ce que cache son regard gris
Elle lui sourit tout de même
Jésus t’aime
Et elle, elle sourit
Se moque doucement de lui

Dans la rumeur orange du boulevard tordu
L’haleine brûlante de l’été qui enfle sous la peau
Une chance grotesque ignorant toute croyance
À flanc d’immeubles désertés par l’enfance

samedi 1 février 2014

Mot d’ordre


IL S’AGIT DE VAINCRE L’INDIFFÉRENCE ET L’APATHIE PROFONDE…

Nous avons à réinventer les mythes
à redonner forme aux songes


…devant le péril des airs funèbres


brandissons la sonate
des étonnements infinis…