samedi 26 juillet 2014

Quichottisme pictural

























Les peintres authentiques, les vrais acharnés, narrent sans fin leurs efforts incessants, leurs échecs constants, le gigantisme de leur tâche et ils ne le disent pas, ils ne le hurlent pas sans relâche en regard d’une autre peinture, mais en considération de l’inépuisable éclat du monde porté par une vision.

samedi 19 juillet 2014

Ermitage catastrophique

J’ai trouvé un coin tranquille
la réalité troublée
décomposée
en morceaux
sous la prostration des circonstances

J’ai trouvé un coin tranquille
je suis parti
me suis perdu
entendant la catastrophe
sous les phrases folles
musicales

J’ai trouvé un coin tranquille
un peu solennel et grinçant
sans vacarme pour s’esclaffer

dimanche 13 juillet 2014

Implosion

dans l’embrasure d’une communion d’éclipses
rencontre prophétique
des résistances
des obscurcissements inconscients
empruntent la relativité d’un problème éternel
par un arrêt discret des passions et des craintes
pour s’éteindre avec fracas
comme le présage scellé de la foudre et du feu

dimanche 6 juillet 2014

Les salades de l’érudition

Le Savoir est Tout. Des médicaments au fond d’une corbeille, le coussin d’un chat, du papier de soie, une pile de tissus, le moindre interstice de notre quotidien, le mouvement d’une fourmi, les lettres, les voix haut perchées, les traces d’un alunissage, le néant, l’existence, l’être, la signification du verbe tirer, le silence d’un wagon immobile, des mains pleines, une grimace, des ballons, une mère, un père, des péchés, une atmosphère, la poussière, la fragilité, un départ, une femme, un magicien, quelques années, le minimum de place, peu de chose, la gloire, une soirée, les faits. Le savoir est tout. Tout ce qui donne l’illusion de la consistance, la densité de l’esprit planté au cœur de la matière plantée au cœur de l’esprit.

samedi 28 juin 2014

Rumination embryonnaire



un salaud en herbe
ménageant ses effets
broute sans rancune
dans l’utérus d’une mère
assise de l’autre côté
de ses scrupules

samedi 21 juin 2014

une tiède obscurité qui s’écoule

Le vent bouscule les vieux rideaux dentelés, jaunis par l’usure. Je fixe ma feuille. Sans résultat. Rien qui ait la force d’émerger du fin fond de moi pour s’y inscrire, simplement, comme si rien n’était. Tout est. Et moi, je n’y suis pas.

Une toute petite tache, presque imperceptible, au centre de la page que je croyais blanche, m’aspire.

Je baigne en une tiède obscurité; la douceur décantée de la lumière… Je suis sans début ni fin. Sans faim; sans dessein. La fraîcheur du non-être me rend à ma juste dimension, le temps. Le temps qui s’écoule; mon sang.

D’abord infime, la tache s’étale. Du noir que je lui supposais, sans pourtant avoir vraiment pu le voir, elle passe, en devenant toujours plus visible, au rouge; un rouge chaud, vibrant.

Les rideaux claquent presque sous la poussée devenue rageuse du vent. Je fixe ma feuille. J’y suis inscrit. En fragments écarlates. Du revers de la main, j’essuie la goutte qui me pend au nez. Maintenant j’y suis. Sang, dessin. Ma main barbouillée du temps qui s’écoule…

vendredi 13 juin 2014

Mélopée du soir

les vieux arbres souvent le soir
murmurent un air ancien
et les vieux murs aussi
égrènent quelques notes

on voudrait agir
et on se tait