samedi 4 janvier 2014

Ce petit Rien : en attendant le film, l'histoire de l'affiche... (1ère partie)

Alors qu’elle en était à peaufiner son film consacré à Blue, Laure K. m’a fait parvenir une sympathique invitation, accompagnée de cette image :


Elle était tombée en arrêt devant ce plan, me disait-elle. Ça pourrait être l’affiche. Elle s’était dit que ça devait pouvoir m’inspirer : libre à moi, si j’avais 5 minutes! Son idée était de voir ce que j’en tirerais avant même d’avoir vu le film et en ignorant tout de son propos (Laure K. filmant Blue, voilà qui ouvrait certes de vastes horizons à l’imagination). Pari un peu casse-gueule sans doute, mais justement…

Tu parles si ça m’a inspiré! Pour les 5 minutes là par contre… si ça ne devait me demander que ça, je me demande bien moi-même quel genre de « outer space man » je serais… – d’ailleurs, pour être tout à fait franc, côté temps, il se trouve que j’étais effectivement assez limité au moment de cette invitation. Mais voilà qu’outre ceci, c’était le total capharnaüm dans la zone de création dont j’étais censé disposer : pas d’atelier, pas même d’installation de fortune pour peindre ou dessiner. Il ne me restait guère, pour tout dire, qu’un coin musique manifestement inspiré du best seller (à venir) : « L’homme-orchestre qui composait dans un placard ». Fi de ces peccadilles, je n’allais quand même pas rater cette occasion non plus! Trouverai bien le temps, de soir, de nuit, on s’en fout, me dis-je; y aura qu’à dégager un coin ici ou là et hop! Je m’y mis donc sans plus tarder.

Il y avait aussi autre chose qui me tarabustait un tantinet. Vous avez vu la tête que j’ai concoctée à Gainsbourg (qui n’avait vraiment pas besoin de ça). Le moins qu’on puisse dire, c’est que je ne suis pas exactement portraitiste… Je sais bien que l’idée, ici, n’était pas de reproduire fidèlement et que c’est l’ensemble de cette image qui avait accroché Laure, mais quand même. Prendre des libertés avec la tête de célébrités ou de parfaits inconnus, c’est une chose, mais Blue je la connais, je l’apprécie, je voulais lui rendre justice, au moins un minimum. Petite pression là donc… Bon, allez, de toute façon je plongeai; on verrait bien ce que ça allait donner.

Mobilisation de la seule table dont nous disposions – on bouffera sur nos genoux, ou sur un petit coin restant, s’il y en a (mais gaffe à pas éclabousser mes ébauches!).


Autre élément contextuel qui mérite sans doute d’être précisé (parce que la création, contrairement à certaines affabulations persistantes, n’est pas plus désincarnée qu’étanche aux soucis les plus prosaïques) : il se trouve qu’outre le chaos de mon modeste intérieur, je vivais alors, aussi, un petit maelström personnel et professionnel; bref, de titillantes cogitations existentielles m’habitaient, faisant même un raffut d’enfer si je faisais mine de les ignorer. Avec pour conséquence que la première chose qui me frappa dans l’image envoyée par Laure K. fut la concentration de Blue, qui donnait une inhabituelle austérité à son visage, généralement beaucoup plus rieur et serein. La scène, je n’en doutais pas, avait été filmée lors de la visite d’un atelier d’artiste. Conscient de l’engagement profond caractéristique de sa manière d’aborder l’art, tout de suite je focalisai sur cette idée d’une espèce de combat intérieur, avivé par l’œuvre que Blue fixait si intensément, mais que nous spectateurs ne voyions pas, sinon à travers ce visage justement. Sans vraiment le réaliser, je peignis le tout un peu à la manière des expressionnistes allemands :


La ressemblance en avait forcément pâti; les proportions, la forme du visage s’en étaient trouvées quelque peu distordues. Mais là, j’étais davantage dans mon élément : traduire l’intériorité plutôt que reproduire les traits. Blue demeurait relativement identifiable, du moins je l’espérais, mais sans plus. J’aimais bien ce que ça disait comme image. Sans trop savoir par contre si ça avait un lien quelconque avec le film et, aussi, en espérant que Blue ne me tiendrait pas trop rigueur de la tête que je lui avais faite… Normalement, je prends un certain recul avant de partager mes créations, le temps de vraiment me les approprier moi-même (c’est une des beautés de la chose : ce qui émerge de nous nous échappe toujours un peu – parfois même beaucoup…). Mais là, dans les circonstances, je préférai ne pas traîner et j’envoyai le tout à Laure sans plus attendre. Qui me répondit, pour l’essentiel, ceci :

…je ne sais pas trop quoi en penser parce que c'est extrêmement proche de mon image... peut-être que j'imaginais autre chose, mais comme tu n'as pas vu le film... disons que le visage de Blue me parait très dur dans les traits alors que le film est plutôt doux avec le visage.

Et franchement, pour la dureté, j’étais bien d’accord avec elle.

(À suivre…)

samedi 28 décembre 2013

Bogue

(En souvenir d’une catastrophe annoncée pour un certain 1er janvier…)



















Que sont ces cris cette tourmente
Quelle est cette pauvre agitation
Et ces hommes livides orgueilleux et froids
Malades fiévreux frileux et seuls
Tous seuls
Dans leur silence framboise surgelé

2000 contrats de guerre
2000 dossiers égarés
2000 merveilles suspendues
2000 pas rachitiques perdus
2000 cheveux fous se cramponnant

à des noces enfumées

samedi 21 décembre 2013

L’art qui dérange enrichit le savoir

Langage et connaissance étant inextricablement liés, cette dernière abriterait une incomplétude aussi pernicieuse qu’inavouée sans la constante déconstruction, par les pratiques artistiques subversives, des sophistications langagières qui nous incitent insidieusement à identifier la chose à sa représentation.

samedi 14 décembre 2013

Tandis qu’à la cuisine s’immisce un mouvement de surprise…

Un après-midi qu’il gelait très fort, l’écœurante odeur de l’évier devinait qu’on ne l’observait pas. Elle revint dans la salle à manger. Atteignant le haut de l’escalier, elle ressentit la nécessité d’être ferme en toutes circonstances, nécessité, est-il besoin de le rappeler, que l’âge rendait d’autant plus pénible. La bonne humeur ne fit d’abord pas attention à l’écœurante odeur de l’évier. Mais elle montra du doigt un endroit qui devenait furieux, debout près de la table. C’était quelque chose d’indéfinissable, une expression hagarde faisant place à un air absorbé, les cheveux en désordre. Le silence de la pièce n’était pas comme avant. L’idée affreuse lui coulait des tempes et chatouillait ses joues. De longues mèches de cheveux gris trahissaient la hâte. Sa manière un peu rude se présentait à l’imagination. Un bruit à la cuisine les fit tressaillir. Avant qu’on ne s’aperçoive de sa présence, un mouvement de surprise épluchait ses légumes…

dimanche 8 décembre 2013

Air connu


connais-tu une chanson qui commence par un verre glacé
bu sans joie et sans rire
une chanson reprenant gauchement son sérieux
pour s’éteindre décoiffée
sans rien dire